L’Occidental, un vrai faux ami de la nature.

14 Jul

Récemment, je suis tombé sur un lien Facebook largement commenté par une communauté de francophones.

Le lien en question menait vers un article relatant l’histoire de braconniers indonésiens ayant pénétré un parc naturel pour y chercher du bois à encens, à haute valeur marchande.

Pour se nourrir pendant leur expédition, ces braconniers, qui sont en fait de simples villageois locaux, tendent des pièges pour attraper des cerfs ou des antilopes.

D’après l’article, un bébé tigre a été tué par l’un des pièges. Les tigres ont alors attaqué le groupe d’hommes. L’un des cinq villageois en question a été tué, tandis que les autres se sont réfugiés dans un arbre. Quatre tigres les attendent au pied de l’arbre. Au moment où l’article a été publié sur le web, il était mentionné qu’il fallait plusieurs jours pour que les secours puissent rejoindre le groupe de rescapés pour tenter de les sauver des tigres.

Ce qui m’a le plus frappé dans cette histoire, c’est en fait la réaction des « facebookeurs ». La plupart d’entre eux prennent la défense des tigres, en dénonçant ce vil être humain qui, sous la forme de braconniers, ont tué par erreur un bébé tigre. Ce groupe de villageois est en fait considéré comme un groupe de salauds qui ne méritent qu’une chose, se faire bouffer à leur tour par les parents du jeune défunt.
Il n’y a pas de doute, l’Européen est un vrai ami de la nature.
Vraiment ?

Creusons un peu l’analyse de cette histoire morbide. Le parc national où s’est déroulé le drame est une des rares régions de l’Indonésie plus ou moins préservée de l’intense déforestation qui a lieu pour faire place à des plantations de palmiers producteurs d’huile de palme. En moyenne, un million d’hectares de la forêt tropicale indonésienne hébergeant une faune et une flore exceptionnelle est abattue chaque année, menaçant d’extinction des grands mammifères tels que les tigres et orang-outangs.

La déforestation de l’Indonésie n’est pas seulement une terrible boucherie pour la biodiversité du lieu, mais est également à l’origine de la marginalisation et paupérisation des populations locales au travers de tout un processus socioéconomique tragique que je ne décrirais pas ici.
Je n’ai jamais mis les pieds en Indonésie, mais mon expérience de consultant en développement rural en Inde, me fait croire avec confiance que les villageois, présentés comme braconniers, sont en fait les victimes de forces économiques qui les ont privés de leur mode de vie traditionnel et de leurs droits sur leurs terres ancestrales.

Dans un environnement naturel sain, il n’existe pas de pauvres villageois. Mais, dans un tel contexte, quand la forêt a disparu et qu’une reconversion économique est obligatoire, c’est le déracinement culturel et la pauvreté assurée pour la grande majorité des villageois. Le braconnage, pratique souvent dangereuse, est simplement un moyen de survie. Lorsqu’il est question de nourrir vos enfants, vous feriez n’importe quoi. Alors pourquoi ne pas vendre un peu de bois à encens, même s’il nécessite une expédition à haut risque.

Donc à mon sens, cette histoire fait intervenir deux groupes de victimes. Les tigres, vu que leur population s’est réduite à … 400 individus … (imaginez le massacre), et les villageois locaux, qui sont tout autant sans défense face à une agression de la machine économique globale.

S’il y a des victimes, il y a forcément un ou des coupables. Mais où se cachent-ils bon sang ?

La réponse est simple et vous la devinez. S’il n’y a pas de consommation d’huile de palme, il n’y a pas d’initiative de production. Pas de production d’huile de palme, pas de déforestation, pas d’ennui pour la nature, ni pour les villageois locaux. Le coupable est donc le consommateur d’huile de palme, le mangeur de frites mayo, celui-là même qui, sur facebook, souhaite la mort des villageois coincés dans l’arbre, au nom de l’amour pour la nature.
Je voudrais respectueusement m’adresser à eux.

Tout d’abord, je salue votre sympathie envers les tigres de Sumatra. Ensuite, si  vous êtes d’accord avec la description que je viens de faire de la situation, je voudrais vous suggérer de cesser dans les plus brefs délais la consommation d’huile de palme. Ça ne va pas être facile, j’en conviens, mais c’est tout à fait possible, et vous démontreriez ainsi votre véritable amour pour la nature et les populations locales. Vous trouverez de nombreux conseils sur le web à ce sujet, comme par exemple sur le blog “Vivre sans huile de palme“.

D’autre part, pour ceux qui se seraient scandalisés par le fait que les villageois ont placé des pièges pour attraper les animaux sauvages, je voudrais rappeler ceci.
Notre consommation insensée de produits carnés entretient une répugnante industrie de production de viande. « Nos » animaux naissent et meurent dans ces industries qui ressemblent fort peu à l’environnement dans lequel ils sont censés jouir de la vie.
Les villageois qui chassent les animaux sauvages s’insèrent dans une chaîne alimentaire beaucoup plus naturelle, la mort de leur ami en est la preuve. Ce n’était pas leur intention de piéger un bébé tigre. Par contre, lorsque vous mangez des côtes d’agneau, du haché de veau, ou la tendre viande d’un cochon de lait, vous retirez délibérément un enfant mammifère de sa mère pour le tuer et le manger. L’auriez-vous oublié ? ou faites-vous semblant de ne pas le savoir ?

Alors, je nous laisse méditer sur la question posée précédemment : L’Européen est-il vraiment un ami de la nature ?

😉

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